Nous avons souvent entendu "l'oncle Louis" raconter ses souvenirs de la guerre 39-45 et de sa captivité. C'est surtout l'épisode des draps blancs qui est célèbre ! Cette page est le récit que Louis Ravez m'a confié pour en faire une transcription. Il trouve tout naturellement sa place dans ce site et j'espère que ceux qui le liront trouveront autant de plaisir à retrouver l'humour "pince-sans-rire" de notre oncle que j'en ai eu quand je transcrivais ce texte sur mon ordinateur.
dernière mise à jour 05/8/003
LA GUERRE (Campagne de 1939-1940)

En août 1939 le régiment est au camp de Mourmelon. Il rejoint précipitamment ses garnisons et dans la nuit même de son retour ( nuit du 22 au 23 août ) il met sur pied son échelon " A ".

Le 27 août le régiment est dans la région de Valenciennes. Nous faisions partie de la 1ère D.I.M. (Division d'Infanterie Motorisée). Ceux qui liront ce sigle croiront que nous sommes transportés sur des véhicules à chenille ; comme ils voient actuellement à la télévision. La 1ère DIM a reçu à la mobilisation des camions ou camionnettes civiles qui ont été peints en camouflage à la réception.

Le 110è RI est transporté sur des autobus parisiens de l'époque avec plate-forme arrière. Cela est très important de le savoir. Le 110è RI en septembre 1939 sera vers Vitry le François, en octobre dans la région de Sezanne puis en novembre dans la région de Noyon (le Plessis Cacheleux est le cantonnement de la 11è Cie).

Le 10 mai sous les ordres du colonel Derache, le 110è RI fait mouvement vers la Belgique et prend position sur la Dyle

 

COMBATS DE GEMBLOUX

Nous sommes partis transportés par les autobus parisiens qui nous étaient affectés. A 15 Km des positions à occuper et en pleine nuit, nous avons débarqué des autobus le matériel et, à pied, nous avons gagné les premières lignes (11è Cie à Perbais) ; secteur de Gembloux. Plus jamais nous n'avons revu les autobus parisiens.

Le 15 mai vers huit heures les chars légers allemands viennent prendre le contact de la position. Les canons de 25 de la compagnie anti-chars en détruisent plusieurs. Presque aussitôt l'infanterie allemande débarque en camions à proximité des lignes et, soutenus par les Stukas, attaque nos lignes. Vers 16 heures le même jour l'ennemi attaque de nouveau, avec des chars et appui de l'artillerie et de l'aviation, à la jonction du 110è RI et de la Division Marocaine. L'ennemi réussit à s'infiltrer entre les deux unités et prend le 110è RI à revers. Le chef de bataillon Chuillet, commandant du 1er Bataillon tombe héroïquement alors que debout sous le feu de l'ennemi, il remet de l'ordre dans les unités.

Le régiment qui n'a pas cessé de combattre depuis le 15 mai et qui a le plus souffert de la Division est relevé dans la nuit de 22 au 23 mai par des éléments du 1er et 43è RI. Il passe intact le terrain malgré les bombardements intenses. La soierie d'Ordonnez où nous étions formait un môle solide. N'ayant virtuellement pas dormi depuis la nuit du 10 au 11, les hommes épuisés apprirent avec joie le 23 au soir qu'ils allaient être relevés. Cette nouvelle arrive alors que la cheminée de l'usine s'effondrait sous les bombardements de 105. La relève eu lieu le 24 à 1 heure 15m le 24 à 23 heures rassemblement pour reprendre les positions que nous avions quittées et qui avaient été entamées par les allemands.

Les reconnaissances partirent. Je revois encore le sous lieutenant Callot regardant sa carte : il partit avec deux hommes. Quelques instants plus tard un des hommes revenait nous disant que le sous lieutenant Callot avait été tué. Avec l'adjudant et quelques hommes nous reprenions la reconnaissance. Mais arrivés à l'orée de la forêt nous sommes pris sous les tirs de l'adversaire. Un homme à ma gauche reçoit une balle à l'épaule et un autre à droite une balle à la cuisse. Nous nous replions.

Je me rappelle que dans la forêt de Raimes nous avons reçu du ravitaillement, des haricots dans des casseroles en émail rouge. Deux jours plus tard je mangeais encore des haricots qui étant restés sous une pluie diluvienne n'étaient pas en très bon état.

Le 26 vers 21 heures ordre de repli par marche forcée vers Saint Amand, Fretin, Godewarsvelde. Un certain nombre dont j'étais embarquèrent en camion. En traversant Lille je me repérais ; nous sommes passés par Canteleu ; j'ai aperçu l'avenue de Bretagne où habitaient mes parents. Nous partîment vers Armentières. De bonne heure au matin nous étions sur le Mont des Cats quand les bombardiers ont attaqué. Nous sommes descendus en vitesse des camions pour nous planquer. Quand l'alerte fut terminée, les camions n'étaient plus là et nous étions à nouveau à pied. Godewarsvelde avait été bombardé ; la route vers le sud était coupée et les troupes remontaient vers le Mont des Cats.

 

WEEK END A ZUYDECOTE

Nous sommes partis à pied vers la Belgique A la frontière nous sommes montés sur des caissons d'artillerie qui se dirigeaient vers Dunkerque. Le lendemain nous avons rejoint le 110° RI à Bray Dunes. L'hopital ayant été bombardé par les avions nous sommes descendus par les dunes jusqu'à Malo. Dans les dunes sous sommes restés plusieurs jours . A cette époque il faisait jour de bonne heure. Très tôt les avions allemands venaient par vagues bombarder les bateaux qui embarquaient les troupes et en repartant ils mitraillaient les soldats qui étaient dans les dunes. Le film " Week-end à Zuydecote " donne un aperçu de notre situation

Le 2 juin le 110 ° a été rassemblé et le soir nous sommes allés sur les quais pour embarquer. Dunkerque était en flammes. L'artillerie allemande tirait sur le port. Comme nous étions pour embarquer un obus est tombé dans l'eau et j'ai reçu des éclaboussures sur ma capote. Heureusement qu'il n'a pas éclaté. Notre groupe a embarqué sur un contre torpilleur le " Flore " (par la suite coulé le 5 juin 1940) dans la nuit de 2 au 3 juin.

Nous avons débarqué à Folkestone très tôt le matin. Dans la gare maritime un train attendait ; nous sommes montés dedans. Les anglais nous ont donné du thé et des cigarettes et aussi à manger. Le soir nous étions à Plymouth. Un bateau attendait dans le port. Nous avons embarqué sur l' "El Mansour " un cargo armé. Le lendemain après-midi nous étions en rade de Brest. Nous avons débarqué.

Comme les allemands n'avaient pas encore traversé la Seine, on nous a redonné des armes individuelles et nous sommes remontés sur Evreux. Plus tard les allemands ayant traversé la Seine, nous avons rebroussé chemin à pied en direction de la Bretagne, je me rappelle que je dormais en marchant ! Par la suite des camions bâchés nous ont transportés. Finalement le convoi de camions dans lequel nous étions a été arrêté par les allemands à Antrain qui se trouve en bas de la presqu'île du Cotentin. Nous étions prisonniers. C'était le 18 juin 1940. La campagne de France avait donc duré pour nous du 10 mai 1940 jusqu'au 18 juin 1940 soit 39 jours.

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