
| Voici pour terminer l'épisode des draps blancs. Il est paru dans "Le Lien" en 1986. Espérons que sa publication sur le Net permettra à ceux qui ont des informations sur cette période de les faire parvenir à l'auteur de ces lignes. dernière mise à jour 05/8/003 |
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LES DRAPS
BLANCS
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Vers les années 1943-1944, un soir que nous étions attablés dans le commando de la ferme de AICHOF A-I277-L, et que nous parlions de choses et d'autres; je me rappelle avoir dit aux camarades: " Pour moi, je ne me vois pas quitter l'Allemagne sans avoir couché dans des draps blancs." C'est textuellement les mots que j'employais. Les camarades du commando s'esclaffèrent. Je leur précisais que je voulais dire par là que je ne me voyais pas partir d'Allemagne "comme ça " aprés des années de captivité. Dans cette ferme de Aichof, de plusieurs centaines d'hectares, qui se trouvait à une quinzaine de kilomètres de Vienne, et à quelques centaines de mètres de la fabrique d'avions Heinkel; où les allemands faisaient des essais d'avions à réaction, nous étions un commando de 27 prisonniers français appartenant au Stalag XVII A. Outre les travailleurs de la ferme et leurs familles, il y avait à la fin de la guerre des russes Ukrainiens et des juifs Hongrois. A la mi mars 1945, l'offensive russe approchant de Vienne, des ouvriers de la ferme commencèrent à évacuer, empruntant les attelages, sur lesquels ils chargeaient du matériel de couchage, des provisions et toute la famille. Le lundi de Paques 2 Avril 1945, le " posten " ayant reçu des ordres a rassemblé notre commando. Nous sommes partis à pied sans connaître notre destination. Toutefois certains d'entre nous, qui étaient conducteurs de boeufs avaient eu la bonne idée d'atteler deux chariots qu'ils avaient chargés de sacs de pommes de terre, de sacs de pois secs, de sacs de blé et d'ustensiles de cuisine. Le " posten " et les surveillants de la ferme n'avaient fait aucune objection, étant donné l'arrivée proche des Russes. Notre groupe avec les deux attelages rejoignit une colonne de prisonniers français qui évacuaient Vienne. Nous faisions des étapes de 15-20 ou 25 kilomètres par jour sous la surveillance des gardiens répartis le long de la colonne. Nous couchions à la belle étoile par des nuits très froides. Nous avons ainsi voyagé pendant un mois environ, traversant des montagnes; peut-être le Tyrol. Aux arrêts nous faisions cuire des pommes de terre ou des pois secs, et quand ces stocks ont été épuisés nous mangions du blé cuit; ce qui améliorait l'ordinaire qui nous était distribué par les gardiens. Pendant la route, les " postens " fatigués étaient bien contents de trouver nos attelages sur lesquels ils montaient pour se reposer. Quant à nous, nous nous allégions de nos paquetages que nous chargions sur nos chariots. Sur la fin de ce périple, le ravitaillement qui nous était distribué étant très maigre, nous avons tué l'attelage de boeufs qui était le plus mal en point et cela a fait de la viande pour toute la colonne. A la dernière étape, nous avons campé dans une immense grange en plein champs, où nous étions 420 ; nous sommes restés là quelques jours. Les " postens " montaient la garde pour que nous ne nous éloignions pas des abords de la grange. Néanmoins quelques prisonniers curieux avaient trouvé moyen d'échapper à la surveillance des gardes pour aller faire un tour. Ils sont revenus le soir en nous disant qu'ils avaient vu des Américains dans une localité des environs. Un ou deux jours après cette escapade, quelques soldats américains sont venus en jeep embarquer les Allemands qui nous gardaient. Nous nous trouvions donc à ce moment là seuls dans la nature, livrés à nous mêmes et sans ravitaillement. Dans cette grange nous étions 4 sergents-chefs ; nous nous sommes concertés et avons décidé de prendre le commandement des 400 hommes qui se trouvaient là. Premier objectif : loger les hommes et les nourrir. Le plus ançien sergent-chef a pris le commandement du groupe. Sur une carte d'état-major ayant appartenu à nos gardiens, nous avons choisi une localité proche dans laquelle nous allions cantonner. J'avais été désigné pour faire le cantonnement. Je suis donc allé avec deux volontaires pour le préparer, aprés nous être munis d'armes appartenant aux Allemands et avoir rectifié notre tenue. Tout s'est très bien passé, comme je faisais le cantonnement autrefois. J'ai retenu quelques chambres chez les habitants et quatre granges pour les hommes. Je suis ensuite retourné à la grange pour rendre compte. Les hommes ont été rassemblés et formés en quatre groupes et nous sommes allés occuper notre cantonnement. Le lendemain matin je voyais arriver des chariots. Les cultivateurs du village venaient avec l'intention d'enlever la paille des cantonnements. Je les ai renvoyés avec force gueulements (comme procédaient les Allemands quand ils donnaient des ordres) ils n'ont pas insisté. Nous avons fait confectionner par des habitants un drapeau français que nous avons placé sur le poste de commandement. Le sergent-chef qui s'occupait de l'intendance a tout d'abord pris possession d'un local dans lequel se trouvait du ravitaillement qui avait appartenu à des S.S. Ce local contenait des bouteilles de vin du Rhin en quantité, du chocolat en boite de 5 Kg, du café, de la marmelade, des pâtes etc. Dans la localité se trouvaient 4 roulantes dont nous nous sommes emparés. Les cuisiniers faisaient la cuisine aidés par des corvées. Tout fonctionnait comme il se doit dans les troupes en campagne ; avec le concours des sergents et caporaux. La nourriture était bonne et abondante et répartie équitablement entre chaque groupe. Les hommes avaient une demi-bouteille de vin du Rhin par repas. Suivant les ordres que nous leur avions donnés, les boulangers du village cuisaient le pain pour notre approvisionnement. La laiterie nous fournissait du beurre et du fromage blanc. Une fabrique de tabac abandonnée nous avait procuré du tabac : tout le monde fumait. Le surplus des repas était distribué aux civils allemands évacués qui faisaient queue aux roulantes. Quand les américains étaient venus embarquer les Allemands, les armes de ceux-ci étaient restées sur place. Le sergent-chef qui s'occupait de la police avait inventorié les armes individuelles. Ces armes ont été distribuées et des sentinelles ont été placées aux entrées de la localité. Les soldats allemands qui refluaient étaient arrêtés, désarmés et ils passaient à la fouille, comme ils avaient fait pour nous autrefois. Ensuite nous les formions par groupes et nous les conduisions, encadrés par des hommes en arme, aux autorités américaines. Les attelages et les véhicules pris aux allemands étaient parqués. Nous avions des véhicules pour nous déplacer et aussi de l'essence. Nous avions apposé des affiches disant que nous échangions les petits chevaux d'attelage contre des animaux de boucherie. Les bouchers du groupe se chargeaient de l'échange et débitaient la viande pour les roulantes. Nous avions réquisitionné des postes de T.S.F. et les électriciens qui se trouvaient parmi nous les avaient installés dans les cantonnements, de sorte que nous avions les nouvelles de France. Néanmoins nous n'avions tous qu'un désir, retourner au plus vite chez nous. Le sergent-chef qui s'occupait du ravitaillement était en liaison journalière avec les autorités américaines auxquelles il demandait un rapatriement rapide. De sorte que 13 jours plus tard les Américains venaient nous chercher avec des camions pour nous transporter à l'aérodrome de Linz qùi se trouvait à environ 2 à 3 heures de trajet. Le lendemain nous embarquions dans des avions de transport américains et quelques heures après nous étions à Paris; le 19 Mai 1945. Sur l'aéroport de Linz, je rencontrais mon beau frère Pierre Verly. " Coucher dans des draps blancs " cela s'était réalisé, puisque ayant fait le cantonnement j'avais retenu quelques chambres chez l'habitant, dont une pour moi. Pour le reste cela s'est passé comme je l'avais pensé. Pendant ces quelques jours, les hommes ont pu se reposer et se refaire une santé avant de rentrer en France. Je serais heureux de correspondre avec les camarades qui ont vécu cet épisode. Peut-être pourront-ils compléter ce récit et donner des précisions quant à l'itinéraire et au lieu de notre cantonnement. Ces souvenirs ayant été écrits sans notes et 40 ans après. Louis RAVEZ |
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Article paru dans "Le Lien" N° 381 de
Novembre 1986 - Stalag XVII A
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En février 1986, Dupuy et moi nous nous sommes
retrouvés et avons évoqué nos souvenirs de fin
de captivité. |